Après
la tenue des États Généraux de BLOIS en
1588, les assassinats d'Henri 1er DE GUISE "le
balafré" et de son frère, Louis II Cardinal de
LORRAINE, les partisans de la ligue
(1)
excitèrent de nouveaux troubles qui se
communiquèrent à l'Auvergne. Le Seigneur
d'EFFIAT Gilbert COIFFIER (2)
gouverneur et représentant du Roi en la province
d'Auvergne, prévoyant l'orage qui menaçait la
ville et désirant prévenir les habitants
contre les séductions et incursions des ligueurs,
convoqua au mois de mars 1589 une assemblée des
habitants d'AIGUEPERSE. Il leur fit prêter serment de
fidélité au Roi et à Monseigneur le Duc
de MONTPENSIER. Ils ne se démentirent jamais dans la
suite ; ni les appels des consuls de RIOM ni les
sollicitations des officiers de la
Sénéchaussée de RIOM qui, pour les
attirer dans leur parti, leur envoyèrent le 25 mai
1589, le formulaire du serment de la ligue qu'avait
prêté le Duc de MAYENNE, rien ne put les
ébranler. Le 3 juillet 1589, ils refusèrent de
prêter le serment à la ligue.
Dès
ce moment, les habitants vont travailler à se mettre
à couvert contre les incursions des ennemis. Ils
réparent leurs murailles et fortifications, nettoient
les fossés, se munissent d'armes, arquebuses,
hallebardes, de munitions de guerre, poudre, boulets,
échelles, cordes, et commencent à faire la
garde sur les murs et aux portes, de crainte de
surprise.
(on relève en 1589 des quittances pour garde des
portes, et pour avoir sonné les cloches afin
d'avertir les habitants de la fermeture des
portes).
LA
GUERRE EN AUVERGNE. LE COMTE DE RANDAN, CHEF
LIGUEUR.
Bientôt
la guerre s'alluma dans la province. Jean Louis, Comte de
RANDAN, né au château de RANDAN, époux
d'Isabelle de la ROCHEFOUCAULD, gouverneur et lieutenant
général pour le Roi en Auvergne, après
l'assassinat du Duc de GUISE à BLOIS, se
déclare ouvertement pour la Ligue. Destitué
par Henri III, il convoque quand même les États
Provinciaux au Collège des Jésuites de BILLOM,
ville ligueur. CLERMONT, MONTFERRAND, SAINT-POURCAIN,
ISSOIRE, AUZON refusent de députer.
A la
tête d'une forte armée, le Comte de RANDAN
prend et s'installe à RIOM où le moine
GENEBRARD fervent catholique, s'enthousiasme pour la Sainte
Union. Il s'empare également de plusieurs villes et
châteaux de la région. Après
l'avènement d'Henri IV, RANDAN peut compter sur 300
seigneurs, ainsi que sur les villes de RIOM, CUSSET,
EBREUIL, BILLOM, BRIOUDE, LANGEAC, SAINT-GERMAIN LEMBRON.
Par contre, plusieurs grands seigneurs et des villes
importantes comme CLERMONT, MONTFERRAND, AIGUEPERSE,
SAINT-POURCAIN, THIERS, AUZON tiennent pour le roi et
résistent. C'est la guerre civile dans toute son
horreur. Les malheurs vont affliger la province. Les vols et
les meurtres auxquels s'abandonnaient les gens de guerre, la
surprise des villes et châteaux offraient les
spectacles les plus effrayants. Chacun était
contraint de prendre les armes pour défendre sa vie
et ses biens.
La ville
d'AIGUEPERSE et les terres du duché de MONTPENSIER,
furent bientôt enveloppées dans les mêmes
malheurs. Les garnisons ligueurs de RIOM, COMBRONDE,
EBREUIL, ESCUROLLES, ARTONNE, faisaient journellement des
actes d'hostilité contre AIGUEPERSE et contre le
château de MONTPENSIER.
Le 13 juin 1589, avec des aventuriers venus de SAINT-GENES
du RETZ, DENONE, SAINT JULIEN de VENSAT, les ligueurs
prennent et enlèvent le bétail autour de la
ville. Tout commerce avec les villes voisines est interdit,
chacun, jour et nuit doit participer à la garde des
murailles et portes.
PRISE
DE LA TOUR DE BUSSIERES.
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La
tour de Bussières en 1561,
d'après la carte de G.
Siméoni
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Le
15 juillet 1589, les soldats du comte de RANDAN,
surprirent la Tour de BUSSIERES qui commandait
toute la plaine. Les habitants d'AIGUEPERSE ne
laissèrent pas longtemps entre les mains de
l'ennemi un fort si important. Avec l'aide des
Seigneurs voisins tenant pour le roi, ils
assiégèrent la Tour et la reprirent
le 17 juillet suivant. Pour la garder, pendant 8
mois ils y entretinrent une garnison qui leur
revenait à 720 livres.
Les
ligueurs continuèrent leurs incursions
contre la ville et les 17 ou 18 villages voisins :
ils enlevaient les bufs, les chevaux et tout
le bétail qu'ils rencontraient ; ils
faisaient prisonniers les habitants qui sortaient
de la ville, Mathieu HUREAU, François
GRIMAUD, Quintien et Antoine GARNAUD et les
forçaient à payer
rançon.
Le
Seigneur de RANDAN, contraignit AIGUEPERSE à
lui fournir des munitions de guerre et lui imposa
des tailles énormes payer ses garnisons de
RIOM, COMBRONDE, ESCUROLLES,
ARTONNE.
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VU
DES HABITANTS A SAINT-QUINTIEN, PATRON DE LA
VILLE.
Les gens
d'AIGUEPERSE opprimés par une force
supérieure, réclamèrent la bonté
divine et la protection de Saint QUINTIEN. Par une
délibération du 30 juillet 1589, ils firent le
vu suivant : "Les comparants en la présente
assemblée ont voué à Dieu et à
Monseigneur Saint QUINTIEN de faire refaire la chasse de mon
dit Seigneur Saint QUINTIEN, d'argent comme était
ci-devant avant qu'elle fut dépouillée et
mieux et plus richement si faire se peut, sitôt qu'il
plaira à Dieu, par l'intercession de Saint QUINTIEN,
bailler les moyens et en paix aux dits habitants de ce
faire".
Par un
autre acte du 6 décembre 1589, il fut
délibéré : "qu'ez extrêmes
misères qui se présentent chaque jour et
chacune heure et les menaces ordinaires qu'on fait contre
cette ville, à cet effet seront faits trois
jeûnes publics et trois processions
générales".
Entre
temps, le Seigneur d'EFFIAT qui avait eu le gouvernement de
la ville d'AIGUEPERSE s'était retiré à
CLERMONT. Il chargea le baron de GRISSE son neveu d'y
commander en son absence.
LA
BATAILLE DE CROS ROLLAND FUNESTE AU COMTE DE
RANDAN.
Le
Seigneur de RANDAN est tué au siège d'ISSOIRE
lors de la bataille de CROS ROLLAND (14 mars 1590).
Le 10 février 1590, des détachements
royalistes de CLERMONT avaient attaqué ISSOIRE,
RANDAN arrivent pour secourir la ville, pendant ce temps,
CLERMONT, AIGUEPERSE, MARINGUES, SAINT-POURCAIN,
MONTFERRAND, THIERS, les bonnes villes restées
fidèles au roi, concentrent des troupes
renforcées d'hommes d'armes ; elles sont
passées en revue le 12 mars sur la place de Jaude
à CLERMONT et se mettent en route pour ISSOIRE,
où RANDAN vient d'échouer devant le fort de
NESCHERS. A la vue de cet imposant détachement, les
habitants de Saint SANDOUX, AUTHEZAT, PLAUZAT, PARENT, La
SAUVETAT, qui sont ligueurs, sonnent le tocsin. La troupe
des bonnes villes, renforcée de protestants de Haute
Auvergne commandés par le marquis de CHABANNES CURTON
quitte COUDES. RANDAN prend le mauvais parti d'aller
à leur rencontre. La bataille a eu lieu au pied de la
montagne de CROS ROLLAND près d'ISSOIRE le 14 mars,
jour de la bataille d'IVRY. Ce fut une horrible
mêlée ; RANDAN blessé de deux balles
à la cuisse, mourut pendant son transport à
ISSOIRE. Soixante gentilshommes périrent en cette
journée mémorable. L'avantage resta aux
royalistes. Plus de 30 villes vont se soumettre au
roi.
LE
MARQUIS DE CANILLAC PREND LA TÊTE DES
LIGUEURS.
Le
Seigneur de RANDAN mort, le marquis de CANILLAC, le ridicule
gardien de la reine Marguerite de VALOIS à USSON le
remplace à la tête des Ligueurs. Il
établit sa résidence à RIOM comme son
prédécesseur et continua à opprimer les
gens d'AIGUEPERSE et du duché.
En un seul jour, le 18 août 1590, ses troupes
enlevèrent 2 à 300 bêtes à
cornes, 400 cochons, nombre de brebis, de juments dans les
pacages proches des faubourgs d'AIGUEPERSE et les
emmenèrent à RIOM pour les vendre ou les
débiter sur place. Cette perte fut
évaluée vers 8.000 livres. Les gens se
trouvèrent ainsi dans l'impossibilité de
labourer et d'ensemencer leurs champs, la campagne resta en
friche, les prés ne furent pas fauchés, ni les
vignes travaillées.
A ces
malheurs s'ajoutèrent ceux causés par les
troupes du roi de passage dans la ville. Le 20 juin 1590,
Monsieur de CHATILLON passant à AIGUEPERSE avec une
armée de 2.000 hommes, se fit fournir les munitions
et vivres nécessaires à ses soldats ; ceux-ci
finirent de piller les faubourgs et emmenèrent le peu
de bestiaux qu'ils trouvèrent.
CHARLES
DE VALOIS LIEUTENANT GÉNÉRAL DU
ROI.
(fils naturel de Charles IX).
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Au
mois d'août suivant, Charles de VALOIS, grand
Prieur de France, comte d'Auvergne, gouverneur et
lieutenant général du roi en cette
province séjourna cinq jours entiers
à AIGUEPERSE ou dans les environs avec une
troupe de 3.000 hommes ; pendant son séjour,
les soldats vécurent à
discrétion et brûlèrent
quantité de maisons ou de granges dans les
faubourgs de la ville et dans le village de
VENSAT.
En se retirant, il obligea les habitants à
lui fournir les voitures et attelages
nécessaires pour conduire son artillerie
jusqu'à CLERMONT, où il
s'établit.
En
ce même temps, Monsieur d'EFFIAT fut averti
que Monsieur de SAINT SORLIN ligueur venait en
Auvergne et qu'il avait l'intention d'attaquer les
villes d'AIGUEPERSE, MARINGUES et
VICHY.
|
Il donna des ordres au baron de GRISSE de se tenir sur ses
gardes. Celui-ci n'ayant qu'une faible garnison de 30
à 40 cuirassiers, appela pour le renforcer le
capitaine FERRAND, gascon du régiment de Monsieur de
LEVISTON qui accourut avec une compagnie de 120 arquebusiers
à cheval. Monsieur de SAINT SORLIN averti de ce
renfort, changea de marche, alla droit sur VICHY avec ses
troupes et assiégea la ville. Charles de VALOIS
s'opposa aux desseins de Monsieur de SAINT SORLIN et lui fit
lever le siège. Le Comte d'Auvergne repassa à
AIGUEPERSE au mois de novembre 1590 ; il y resta 3 jours et
força de nouveau les habitants à conduire son
artillerie à CLERMONT.
Le 16
janvier 1591, d'EFFIAT vint s'installer à AIGUEPERSE
avec 30 cuirassiers et 20 arquebusiers ; ils y
vécurent huit mois aux dépens des habitants.
Pendant ce temps, les garnisons de RIOM, COMBRONDE
continuèrent leurs vexations ; elles venaient jusque
dans les faubourgs d'AIGUEPERSE, ne cessant de jeter
l'alarme de tous côtés.
A.
PERRIN
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NOTES :
(1)
: La ligue ou Sainte Ligue, réunissait sous serment
tous ceux décidés à se battre pour la
défense de la foi catholique. Elle prit naissance en
PICARDIE avec le refus à CONDE, chef protestant, les
villes qui lui avaient été données par
la paix de BEAULIEU en 1576. Elle eut pour chef Henri de
GUISE, et reçut de nombreux subsides de la part de
Philippe XI d'ESPAGNE, qui au nom du Catholicisme,
entretenait la guerre civile chez son voisin
français. Cette Sainte Ligue se dissoudra peu
à peu, après l'abjuration du Roi Henri IV en
faveur de la religion catholique en 1593.
(2)
: Gilbert COIFFIER d'EFFIAT, est le second
Seigneur d'EFFIAT, son père avait acheté le
domaine en 1557. Il sera nommé secrètement
Lieutenant pour le Roi en Auvergne, et rétablira
l'autorité Royale dans la Province. Ses services
rendus à la couronne, lui permettront de placer son
fils, Antoine à la cour du Roi Henri IV, puis
à celle de Louis XIII, et Antoine COIFFIER d'EFFIAT
deviendra le grand Maréchal Marquis d'EFFIAT, bras
droit de RICHELIEU.
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SOURCES :
-
Archives Municipales : M.B. CULHAT
- L'Auvergne : Abraham SEMONSOUS
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Les malheurs d'Aigueperse Page
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