Les malheurs d'Aigueperse
Aigueperse, aigueperse, Notre-Dame, église, duc de Berry, Pierre de Nesson, Nesson, Imberdis, duc de Berry, transept, Sommeil de la Vierge, Saint François d'Assise, école de Bologne, Benedetto Ghirlandaio, Ghirlandaio, Bourbon, Gilbert de Bourbon, Montpensier, Saint Sébastien, Andrea Mantegna, Mantegna, Claire de Gonsague, duc de Mantoue, chapelle des morts, lanterne des morts, chapelle, Saint-Quintien, nativité, iconographie, annonce aux bergers, collégiale, berger, nativité-bagpipe, oeuvre d'art, fresque, peinture murale

PENDANT LES GUERRES DE LA LIGUE (1589-1592)

Après la tenue des États Généraux de BLOIS en 1588, les assassinats d'Henri 1er DE GUISE "le balafré" et de son frère, Louis II Cardinal de LORRAINE, les partisans de la ligue (1) excitèrent de nouveaux troubles qui se communiquèrent à l'Auvergne. Le Seigneur d'EFFIAT Gilbert COIFFIER (2) gouverneur et représentant du Roi en la province d'Auvergne, prévoyant l'orage qui menaçait la ville et désirant prévenir les habitants contre les séductions et incursions des ligueurs, convoqua au mois de mars 1589 une assemblée des habitants d'AIGUEPERSE. Il leur fit prêter serment de fidélité au Roi et à Monseigneur le Duc de MONTPENSIER. Ils ne se démentirent jamais dans la suite ; ni les appels des consuls de RIOM ni les sollicitations des officiers de la Sénéchaussée de RIOM qui, pour les attirer dans leur parti, leur envoyèrent le 25 mai 1589, le formulaire du serment de la ligue qu'avait prêté le Duc de MAYENNE, rien ne put les ébranler. Le 3 juillet 1589, ils refusèrent de prêter le serment à la ligue.

Dès ce moment, les habitants vont travailler à se mettre à couvert contre les incursions des ennemis. Ils réparent leurs murailles et fortifications, nettoient les fossés, se munissent d'armes, arquebuses, hallebardes, de munitions de guerre, poudre, boulets, échelles, cordes, et commencent à faire la garde sur les murs et aux portes, de crainte de surprise.
(on relève en 1589 des quittances pour garde des portes, et pour avoir sonné les cloches afin d'avertir les habitants de la fermeture des portes).

LA GUERRE EN AUVERGNE. LE COMTE DE RANDAN, CHEF LIGUEUR.

Bientôt la guerre s'alluma dans la province. Jean Louis, Comte de RANDAN, né au château de RANDAN, époux d'Isabelle de la ROCHEFOUCAULD, gouverneur et lieutenant général pour le Roi en Auvergne, après l'assassinat du Duc de GUISE à BLOIS, se déclare ouvertement pour la Ligue. Destitué par Henri III, il convoque quand même les États Provinciaux au Collège des Jésuites de BILLOM, ville ligueur. CLERMONT, MONTFERRAND, SAINT-POURCAIN, ISSOIRE, AUZON refusent de députer.

A la tête d'une forte armée, le Comte de RANDAN prend et s'installe à RIOM où le moine GENEBRARD fervent catholique, s'enthousiasme pour la Sainte Union. Il s'empare également de plusieurs villes et châteaux de la région. Après l'avènement d'Henri IV, RANDAN peut compter sur 300 seigneurs, ainsi que sur les villes de RIOM, CUSSET, EBREUIL, BILLOM, BRIOUDE, LANGEAC, SAINT-GERMAIN LEMBRON. Par contre, plusieurs grands seigneurs et des villes importantes comme CLERMONT, MONTFERRAND, AIGUEPERSE, SAINT-POURCAIN, THIERS, AUZON tiennent pour le roi et résistent. C'est la guerre civile dans toute son horreur. Les malheurs vont affliger la province. Les vols et les meurtres auxquels s'abandonnaient les gens de guerre, la surprise des villes et châteaux offraient les spectacles les plus effrayants. Chacun était contraint de prendre les armes pour défendre sa vie et ses biens.

La ville d'AIGUEPERSE et les terres du duché de MONTPENSIER, furent bientôt enveloppées dans les mêmes malheurs. Les garnisons ligueurs de RIOM, COMBRONDE, EBREUIL, ESCUROLLES, ARTONNE, faisaient journellement des actes d'hostilité contre AIGUEPERSE et contre le château de MONTPENSIER.
Le 13 juin 1589, avec des aventuriers venus de SAINT-GENES du RETZ, DENONE, SAINT JULIEN de VENSAT, les ligueurs prennent et enlèvent le bétail autour de la ville. Tout commerce avec les villes voisines est interdit, chacun, jour et nuit doit participer à la garde des murailles et portes.

PRISE DE LA TOUR DE BUSSIERES.

La tour de Bussières en 1561

La tour de Bussières en 1561,
d'après la carte de G. Siméoni
Le 15 juillet 1589, les soldats du comte de RANDAN, surprirent la Tour de BUSSIERES qui commandait toute la plaine. Les habitants d'AIGUEPERSE ne laissèrent pas longtemps entre les mains de l'ennemi un fort si important. Avec l'aide des Seigneurs voisins tenant pour le roi, ils assiégèrent la Tour et la reprirent le 17 juillet suivant. Pour la garder, pendant 8 mois ils y entretinrent une garnison qui leur revenait à 720 livres.

Les ligueurs continuèrent leurs incursions contre la ville et les 17 ou 18 villages voisins : ils enlevaient les bœufs, les chevaux et tout le bétail qu'ils rencontraient ; ils faisaient prisonniers les habitants qui sortaient de la ville, Mathieu HUREAU, François GRIMAUD, Quintien et Antoine GARNAUD et les forçaient à payer rançon.

Le Seigneur de RANDAN, contraignit AIGUEPERSE à lui fournir des munitions de guerre et lui imposa des tailles énormes payer ses garnisons de RIOM, COMBRONDE, ESCUROLLES, ARTONNE.


VŒU DES HABITANTS A SAINT-QUINTIEN, PATRON DE LA VILLE.

Les gens d'AIGUEPERSE opprimés par une force supérieure, réclamèrent la bonté divine et la protection de Saint QUINTIEN. Par une délibération du 30 juillet 1589, ils firent le vœu suivant : "Les comparants en la présente assemblée ont voué à Dieu et à Monseigneur Saint QUINTIEN de faire refaire la chasse de mon dit Seigneur Saint QUINTIEN, d'argent comme était ci-devant avant qu'elle fut dépouillée et mieux et plus richement si faire se peut, sitôt qu'il plaira à Dieu, par l'intercession de Saint QUINTIEN, bailler les moyens et en paix aux dits habitants de ce faire".

Par un autre acte du 6 décembre 1589, il fut délibéré : "qu'ez extrêmes misères qui se présentent chaque jour et chacune heure et les menaces ordinaires qu'on fait contre cette ville, à cet effet seront faits trois jeûnes publics et trois processions générales".

Entre temps, le Seigneur d'EFFIAT qui avait eu le gouvernement de la ville d'AIGUEPERSE s'était retiré à CLERMONT. Il chargea le baron de GRISSE son neveu d'y commander en son absence.

LA BATAILLE DE CROS ROLLAND FUNESTE AU COMTE DE RANDAN.

Le Seigneur de RANDAN est tué au siège d'ISSOIRE lors de la bataille de CROS ROLLAND (14 mars 1590).
Le 10 février 1590, des détachements royalistes de CLERMONT avaient attaqué ISSOIRE, RANDAN arrivent pour secourir la ville, pendant ce temps, CLERMONT, AIGUEPERSE, MARINGUES, SAINT-POURCAIN, MONTFERRAND, THIERS, les bonnes villes restées fidèles au roi, concentrent des troupes renforcées d'hommes d'armes ; elles sont passées en revue le 12 mars sur la place de Jaude à CLERMONT et se mettent en route pour ISSOIRE, où RANDAN vient d'échouer devant le fort de NESCHERS. A la vue de cet imposant détachement, les habitants de Saint SANDOUX, AUTHEZAT, PLAUZAT, PARENT, La SAUVETAT, qui sont ligueurs, sonnent le tocsin. La troupe des bonnes villes, renforcée de protestants de Haute Auvergne commandés par le marquis de CHABANNES CURTON quitte COUDES. RANDAN prend le mauvais parti d'aller à leur rencontre. La bataille a eu lieu au pied de la montagne de CROS ROLLAND près d'ISSOIRE le 14 mars, jour de la bataille d'IVRY. Ce fut une horrible mêlée ; RANDAN blessé de deux balles à la cuisse, mourut pendant son transport à ISSOIRE. Soixante gentilshommes périrent en cette journée mémorable. L'avantage resta aux royalistes. Plus de 30 villes vont se soumettre au roi.

LE MARQUIS DE CANILLAC PREND LA TÊTE DES LIGUEURS.

Le Seigneur de RANDAN mort, le marquis de CANILLAC, le ridicule gardien de la reine Marguerite de VALOIS à USSON le remplace à la tête des Ligueurs. Il établit sa résidence à RIOM comme son prédécesseur et continua à opprimer les gens d'AIGUEPERSE et du duché.
En un seul jour, le 18 août 1590, ses troupes enlevèrent 2 à 300 bêtes à cornes, 400 cochons, nombre de brebis, de juments dans les pacages proches des faubourgs d'AIGUEPERSE et les emmenèrent à RIOM pour les vendre ou les débiter sur place. Cette perte fut évaluée vers 8.000 livres. Les gens se trouvèrent ainsi dans l'impossibilité de labourer et d'ensemencer leurs champs, la campagne resta en friche, les prés ne furent pas fauchés, ni les vignes travaillées.

A ces malheurs s'ajoutèrent ceux causés par les troupes du roi de passage dans la ville. Le 20 juin 1590, Monsieur de CHATILLON passant à AIGUEPERSE avec une armée de 2.000 hommes, se fit fournir les munitions et vivres nécessaires à ses soldats ; ceux-ci finirent de piller les faubourgs et emmenèrent le peu de bestiaux qu'ils trouvèrent.

CHARLES DE VALOIS LIEUTENANT GÉNÉRAL DU ROI. (fils naturel de Charles IX).

Aigueperse assiégé par les ligueurs

Au mois d'août suivant, Charles de VALOIS, grand Prieur de France, comte d'Auvergne, gouverneur et lieutenant général du roi en cette province séjourna cinq jours entiers à AIGUEPERSE ou dans les environs avec une troupe de 3.000 hommes ; pendant son séjour, les soldats vécurent à discrétion et brûlèrent quantité de maisons ou de granges dans les faubourgs de la ville et dans le village de VENSAT.
En se retirant, il obligea les habitants à lui fournir les voitures et attelages nécessaires pour conduire son artillerie jusqu'à CLERMONT, où il s'établit.

En ce même temps, Monsieur d'EFFIAT fut averti que Monsieur de SAINT SORLIN ligueur venait en Auvergne et qu'il avait l'intention d'attaquer les villes d'AIGUEPERSE, MARINGUES et VICHY.

Il donna des ordres au baron de GRISSE de se tenir sur ses gardes. Celui-ci n'ayant qu'une faible garnison de 30 à 40 cuirassiers, appela pour le renforcer le capitaine FERRAND, gascon du régiment de Monsieur de LEVISTON qui accourut avec une compagnie de 120 arquebusiers à cheval. Monsieur de SAINT SORLIN averti de ce renfort, changea de marche, alla droit sur VICHY avec ses troupes et assiégea la ville. Charles de VALOIS s'opposa aux desseins de Monsieur de SAINT SORLIN et lui fit lever le siège. Le Comte d'Auvergne repassa à AIGUEPERSE au mois de novembre 1590 ; il y resta 3 jours et força de nouveau les habitants à conduire son artillerie à CLERMONT.

Le 16 janvier 1591, d'EFFIAT vint s'installer à AIGUEPERSE avec 30 cuirassiers et 20 arquebusiers ; ils y vécurent huit mois aux dépens des habitants. Pendant ce temps, les garnisons de RIOM, COMBRONDE continuèrent leurs vexations ; elles venaient jusque dans les faubourgs d'AIGUEPERSE, ne cessant de jeter l'alarme de tous côtés.

A. PERRIN
-------------------------------------------------------
NOTES :

(1) : La ligue ou Sainte Ligue, réunissait sous serment tous ceux décidés à se battre pour la défense de la foi catholique. Elle prit naissance en PICARDIE avec le refus à CONDE, chef protestant, les villes qui lui avaient été données par la paix de BEAULIEU en 1576. Elle eut pour chef Henri de GUISE, et reçut de nombreux subsides de la part de Philippe XI d'ESPAGNE, qui au nom du Catholicisme, entretenait la guerre civile chez son voisin français. Cette Sainte Ligue se dissoudra peu à peu, après l'abjuration du Roi Henri IV en faveur de la religion catholique en 1593.

(2) : Gilbert COIFFIER d'EFFIAT, est le second Seigneur d'EFFIAT, son père avait acheté le domaine en 1557. Il sera nommé secrètement Lieutenant pour le Roi en Auvergne, et rétablira l'autorité Royale dans la Province. Ses services rendus à la couronne, lui permettront de placer son fils, Antoine à la cour du Roi Henri IV, puis à celle de Louis XIII, et Antoine COIFFIER d'EFFIAT deviendra le grand Maréchal Marquis d'EFFIAT, bras droit de RICHELIEU.

Page suivante >>>

SOURCES :

- Archives Municipales : M.B. CULHAT
- L'Auvergne : Abraham SEMONSOUS


Aigueperse fortifiée

Les malheurs d'Aigueperse
Page suivante >>>


Source : "SPARSAE n°10 - octobre 1986" Association Culturelle d'Aigueperse


-
www.aigueperse.net -